jeudi 6 juillet 2017

Le Fabuleux destin d'Hippolyte Griffont

[Pause-lecture] Le Paris des Merveilles, de Pierre Pevel (cycle en trois tomes, 2003 à 2015)


Trilogie composée des tomes suivants : Les Enchantements d'Ambremer (2003), L'Élixir d'Oubli (2004) et Le Royaume Immobile (2015)

Alleeez... Vous aussi... Vous aussi cédez à l'appel de ces couvertures magnifiques...

Les messieurs ont de fières moustaches, des chapeaux melons ; les dames portent des corsets, des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres le long des Grands Boulevards aux immeubles haussmanniens. Mais ce n’est pas le Paris de la Belle Époque tel que nous l’entendons : la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, des chats-ailés discutent philosophie et une ligne de métro permet de rejoindre le pays des fées.

Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien...
Bienvenue dans le Paris des Merveilles.
(quatrième de couverture du tome 1) 

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Il était une fois le Paris des Merveilles…
Où l’on plante le décor d’un Paris qui n’exista jamais tout à fait.
Les contes d’autrefois, ainsi que les fabuleuses créatures qui les inspirèrent, ont une patrie. Cette patrie se nomme l’OutreMonde. Ne la cherchez pas sur une carte, même millénaire. L’OutreMonde n’est ni un pays, ni une île, ni un continent. L’OutreMonde est… un monde, ma foi. Là vivent les fées et les licornes, les ogres et les dragons. Là prospèrent des cités et des royaumes que nous croyons légendaires. Et tout cela, au fil d’un temps qui s’écoule autrement. "

   Origine : France
   Edition : Bragelonne (2015)


Les couvertures renvoient
évidemment à l'Art Nouveau et
au travail de Mucha
Décidément, Pierre Pevel a bien de la chance ! Bien de la chance d'avoir des artistes aussi talentueux pour réaliser les couvertures de ses romans ! D'abord Hervé Leblan, et désormais le somptueux travail de Xavier Collette pour la réédition de son Paris des Merveilles... Non, vraiment, y a pas à dire, il est gâté ! Si un jour mon traité de nécromancie est accepté par les maisons d'édition - les vraies, pas celles qui publient ces livres aux titres étranges distribués par des gens tout aussi étranges et trop bien habillés pour être honnêtes à la sortie du métro (gratuitement en plus, comme quoi il y a bien anguille sous roche) - je vendrais volontiers le rein de quelqu'un d'autre (les miens, j'en ai besoin) pour qu'il puisse disposer d”une couverture à la fois aussi accrocheuse, belle et réussie techniquement. Malheureusement, je ne suis pour le moment qu'un pauvre vieil ermite grincheux coincé au fond d'une grotte qui peine déjà à rassembler suffisamment de rubis pour ses études et son aménagement intérieur à la fois... Et comme la nécromancie n'est pas encore revenue à la mode, je pense que je peux me brosser pour une parution prochaine de mon traité à l'échelle internationale, avec le déferlement de billets verts, de dîners mondains en compagnie de Popeck à Issy-les-Moulineaux, d'articles dans Gala, et d'admirateurs(trices) en folie qui vont avec. 
Alors en attendant, tout ce que je peux faire, c'est digresser sans raison, faire des transitions moisies, et encore une fois, à défaut d'en avoir une belle à mon nom, tomber dans le piège de la couverture alléchante. Car oui, une fois de plus avec Pevel (si, si, souvenez-vous!) je suis tombé dans le piège de la couverture alléchante. Je suis loin d'être le seul, du reste, et je suis d'ailleurs par la suite parvenu à entraîner bien d'autres personnes dans ma chute (gniark gniark). Mais bon, on va dire pour être gentil avec moi-même que je ne suis pas un pigeon total, je connaissais déjà un peu l'auteur, donc savais qu'il était une valeur plutôt sûre, et puis l'univers une fois de plus me paraissait fort intéressant, séduisant même. Donc voilà : belle couverture alléchante, oui, mais pas que. 



Une vision verdoyante d'un Paris steampunk,
par le talentueux dessinateur Gwendal Lemercier
Le Paris des Merveilles nous transporte ainsi tout droit dans un Paris de la Belle-Époque revisité : les créatures merveilleuses se mêlent aux humains, les mages ont pignon sur rue, le métro mène jusqu'à Ambremer, capitale des fées, et les arbres magiques ont envahi les parcs et les allées... Ce cadre bien connu qu'est celui de la capitale s'offre ainsi une nouvelle jeunesse, dans ce contexte historique teinté de fantasy, et c'est ma foi très rafraîchissant ! Le passage dans ce monde à la fois connu et nouveau se fait d'ailleurs très naturellement, Pevel ayant l'intelligence de ne pas trop insister sur les spécificités de son univers - simplement quelques petites explications rapides de temps en temps. C'est une chose que j”avais déjà beaucoup appréciée dans Les Lames du Cardinal, du même auteur, cette façon de distiller le merveilleux par petites touches discrètes, qui donne un côté un peu familier à cet univers qui nous semble finalement assez proche.
Il y a en fait j'ai trouvé comme un climat de complicité qui se crée entre  l'auteur et son récit, et le lecteur, appuyé par les quelques interventions directe du narrateur/auteur - comme lorsqu'on est incité à lire tel ou tel roman par exemple. (En fait, et encore une fois ça n'engage peut-être que moi, mais j'ai même trouvé à la trilogie un côté «exercice de style» façon «roman-feuilleton d'aventure du XIXe-début XXe».) Évidemment, il ne faudra pas trop rechercher dans les descriptions de ce cadre du naturalisme à la Zola, on est ici avant tout dans un Paris assez idyllique, un Paris de carte postale - tout comme pouvait parfois l'être celui des Lames du Cardinal. L'époque et le ton du récit s'y prêtent bien sûr, même si un peu de nuance n'aurait parfois pas fait de mal. 


Et qui dit Paris historique, même fictif, dit personnages et œuvres célèbres en tous genres, on retrouvera ainsi disséminés tout au long du Paris des Merveilles des clins d'œil et autres références sympathiques et nombreux. Peut-être un peu trop d'ailleurs. Il est toujours agréable de retrouver des personnages connus dans une autre histoire ou un autre univers, et rencontrer Georges Méliès aux côtés de Griffont avait quelque chose de vraiment plaisant - longue vie à tonton Georges (bon ça risque d'être difficile, voilà prêt d'un siècle qu'il a passé l'arme à gauche...) un grand bonhomme dont je respecte et admire sincèrement le travail, et qui en plus avait l'air d'être un monsieur plus que charmant. De même, les références à la grande crue de 1910, aux œuvres de Jules Verne et de Gaston Leroux, à Merlin, Voltaire et Clémenceau, etc. n'ont en soi rien de problématique, et permettent même de rendre plus vivant, plus crédible et plus sympathique cet univers en l'habitant de figures et d'événements connus... mais parfois, j'avais vraiment l'impression que Pierre Pevel me martelait les côtes à coups de coude en me soufflant du «hey! hey ! y a aussi machin ! t'as vu, t'as vu? » alors que je voulais juste lire tranquillement, ce qui, vous en conviendrez, n'est jamais très agréable. 
C'est un travers qu'on retrouve dans les deux premiers tomes, et heureusement beaucoup moins dans le dernier, écrit plus tardivement, à croire que Pierre Pevel lui-même s'est rendu compte avec le temps que les coups de coude en plein thorax, ben ça fait mal, et a décidé d'agir en conséquence.

Aux côtés de ces personnages bien réels, se côtoient les personnages de Pierre Pevel, hauts en couleurs, qui sont une fois de plus une de ses grandes réussites, même s'ils ne sont pas très creusés. Les relations et interactions qu'ils ont fonctionnent parfaitement, les répliques fusent et font mouche, notamment pour ce qui est de notre couple phare à l'alchimie parfaite, à savoir celui que forment Hippolyte Griffont et la Comtesse Isabel de Saint-Gil. Petit coup de cœur de mon côté pour les chats-ailés, Azincourt et son faux accent anglais en tête, et Balthazar, l'arbre savant, qui tristement n'apparaît plus dans le dernier tome.

Ce cher bon vieux Balthazar (par Grégos)
est un très bon ami et confident de notre Griffont national.
 

La plume de Pevel est quant à elle assez légère, sans prise de tête et sans chichis, rien de mieux pour nous transporter dans ce décor littéralement féérique. La visite se fait sous forme d'enquêtes aventureuses riches en rebondissement, chacun des tomes - tout en conservant un esprit général et un rythme assez similaires (ce qui est d'ailleurs la raison pour laquelle je chronique les trois d'un coup, ça et le fait que j'ai lu les deux premiers tomes il y a trop longtemps pour m'en rappeler parfaitement - ma mauvaise mémoire de vieux grincheux me perdra - et que je trouvais dommage de ne chroniquer que le dernier en solitaire...) - optant pour un ton un peu différent afin de présenter le plus de facettes possibles de cet univers : une première permettant de faire connaissance avec l'Outremonde, son Histoire et ses légendes fondatrices; la seconde dressant un portrait plus nuancé de la Féerie, en traitant de ses guerres, sur un fond de complot draconnique et de vieilles histoires remontant à deux siècles auparavant, qui permettent en outre, via des «flashbacks» entrecoupant le récit au présent d'en apprendre davantage sur les débuts de la relation Hippolyte-Isabel et la fondation des Cercles de Magie - deux histoires donc en parallèle, l'une dans le passé, l'autre dans le présent, découlant forcément de la première ; et enfin la dernière, poursuivant légèrement le chemin entamé dans le tome précédent, en plaçant une résolution de meurtre dans un climat politique trouble marqué par des attentats, des machinations et de nombreux mystères risquant de bouleverser certains des secrets les mieux gardés du trône d'Ambremer... Même s'il garde le côté assez léger de la série, j'avoue avoir particulièrement apprécié le ton plus contrasté, plus sombre même, de ce dernier épisode.

Cette course-poursuite mouvementée sur les toits de Paris
(illustrée par Dimitri Armand, aka Mishkin) devrait
rappeler quelques souvenirs aux lecteurs...
Je suis un peu plus mitigé en revanche en ce qui concerne les intrigues proprement dites : à vrai dire, si j'ai un bon souvenir de l'univers et des personnages, j'ai par contre bien du mal à me rappeler beaucoup de choses concernant l'histoire de chacun des volumes - même le troisième, que j'ai pourtant terminé il y a peu ! Je me souviens surtout d'un rythme un peu en dents de scie, de ficelles un peu grosses et parfois bancales, de développements (ou d'absences de développements) parfois mal gérés - je pense notamment au second tome et à son intrigue dans le passé qui à mes yeux ne méritait pas d'être aussi longue. Les intrigues ont un peu tendance à partir dans tous les sens en fait : pas mal de portes sont ouvertes en cours de récit, ce qui en soit n'est pas un mal, mais on passe plusieurs fois d'une intrigue en cours à l'autre de manière assez brusque, comme balloté sans raison d'un bout à l'autre du récit, et certaines des dites portes se voient alors fermées en catastrophe à la fin de l'histoire sans forcément avoir eu de dénouement digne de ce nom. Davantage de structure n'aurait donc pas été un mal. 
Et puis, les fins, les fins nom de Méliane ! Celle du second tome, à la limite passe encore avec une grosse scène d'action, mais la première et la troisième sont d'une tristesse... Surtout la dernière, malheureusement, alors qu'elle achève pourtant la série ! Tu parles d'un adversaire final ! Et d'une conclusion sèche et concise ! Mais que t'est-il arrivé, Pierre, en cours d'écriture? Tel Nicolas et cette bande de racailles, tu en avais assez, et tu voulais en être débarrassé ? Mais si notre ami Pevel semble avoir un peu de mal avec ses conclusions (quelque-chose que je lui reprochais déjà dans Les Lames du Cardinal - oui, ce livre a décidément été un invité d'honneur de cette chronique), en revanche, il maîtrise à merveille l'art des rebondissements et les scènes d'action, qui permettent heureusement de dynamiser les enquêtes !  

Puisqu'on est dans le thème de l'"uchronie parisienne steampunk", j'en profite pour vous recommander
chaudement le très chouette film d'animation Avril et le Monde Truqué, si vous ne l'avez pas déjà vu !

Il n'y a pas à dire, Pierre Pevel est toujours plein d'idées lorsqu'il s'agit de placer de la fantasy dans un cadre historique, et d'instaurer une atmosphère réussie à ces univers. Il en résulte cette fois-ci une trilogie qui vaut surtout pour ses personnages hauts en couleurs et son ambiance plutôt originale, mêlant Paris de la Belle-Époque et fantasy à base de créatures merveilleuses issu du folklore européen traditionnel, dans des enquêtes rocambolesques dont la forme rappelle les romans-feuilletons d'aventures de l'époque. Je trouve dommage toutefois que le même soin n'ait pas été apporté au déroulement des scénarios, qui souffre surtout à vrai dire d'un rythme un peu bancal et de développements en dents de scie, pour s'achever sur des dénouements à la fois un peu forcés et frustrants de par leur précipitation. Les enquêtes manquent finalement de la structure et de l'ampleur nécessaire pour être suffisamment mémorables. 
Reste que le ton de l'œuvre et la plume de Pevel, plutôt légers, rendent la lecture facile et rapide, idéale pour se détendre. (Au passage, les trois tomes ayant une construction et un rythme assez semblables, je recommanderais de ne pas les lire tous d'une seule traite, pour faciliter la digestion - laissez mijoter un peu avant d'attaquer la suite, faites durer le plaisir ! ;) ) Pas un coup de cœur pour cette trilogie, donc, mais néanmoins de bonnes lectures-détentes que j'ai appréciées notamment pour les personnages et l'univers rafraîchissants et hauts en couleurs - bien plus que l'histoire, malheureusement, dommage pour ce point.


vendredi 23 juin 2017

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use... aka La Communauté II : Le retour (titre pourri)

[Relecture] Le Seigneur des Anneaux, tome 1 : La Fraternité de l'Anneau, de J. R. R. Tolkien (The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring, 1954)



Notes avant lecture : il s'agit d'une chronique assez particulière puisque contrairement à mon habitude, j'y parle d'une relecture avec nouvelle traduction, et non d”une première lecture/découverte. J'y aborde donc finalement assez peu le texte en lui-même, il faudrait davantage considérer cette chronique comme le compte-rendu un peu foutraque de cette petite expérience. Vouala. Vous pouvez poursuivre, maintenant, ou partir si vous préférez. (mais si vous faites ça je pleure)

Francis Ledoux : ancien traducteur 
Daniel Lauzon: nouveau traducteur 
(c'est de toute façon ré-expliqué au cours de la chronique, mais je préfère préciser, on ne sait jamais)

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. 
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Quand M. Bilbo Bessac, de Cul-de-Sac, annonça qu'il célébrerait bientôt son onzante et unième anniversaire par une fête d'une magnificence exceptionnelle, il y eut force agitation et rumeurs à Hobbiteville.
Bilbo était très riche et très particulier, et il y avait soixante ans que le Comté s'étonnait de lui, depuis sa remarquable disparition et son retour inattendu. "

   Origine : Angleterre
   Traduction : Daniel Lauzon (2014)
   Edition : Christian Bourgois (2014)



Je suis un amoureux de Tolkien et du Seigneur des Anneaux. En tant que tel, il m'arrive assez souvent de revenir feuilleter les appendices, ou de relire certains passages que j'aime particulièrement. Pour autant, je ne l'avais jamais relu en intégralité, et étant curieux de toucher à la nouvelle traduction de Daniel Lauzon, j'ai profité de l'occasion qui s'est offerte à moi (disponibilité à la médiathèque, oui c'est aussi bête que ça) pour sauter le pas et relire La Communauté de l”Anneau - ou plutôt La fraternité de l'Anneau, devrais-je dire ! Cette chronique sera donc un peu particulière, puisqu'il s'agit non pas d'une découverte, mais d'une redécouverte pour moi. 

On retrouve des lieux bien connus des lecteurs de Tolkien,
toujours dans une ambiance forestière typique de ce tome.
(Oui, comme je suis quelqu'un de très original, j'illustre avec du Alan Lee)
Pour resituer un peu le contexte, Le Seigneur des Anneaux avait été traduit en français une première fois dans les années 70 par Francis Ledoux, mais cette traduction n'avait pas été corrigée depuis, laissant planer pas mal de coquilles, d'approximations ou de contresens, principalement dus au manque de temps et d'informations dont disposait Ledoux pour faire tout le travail (un an environ pour tous les livres, c'est tout de même bien peu...) Il aura fallu attendre les années 2010, pour que les éditions Christian Bourgois se décident à proposer une nouvelle traduction en faisant appel à Daniel Lauzon (qui avait auparavant transposé d'autres ouvrages autour de Tolkien et de la Terre du Milieu, dont une nouvelle version du Hobbit), traduction qui avait pas mal divisé à l'époque de son annonce, notamment sur le choix des noms. Je dois bien avouer d'ailleurs que pour ma part, en amateur du travail de Ledoux (malgré les bourdes), j'étais également un peu dubitatif... Mais la curiosité étant plus forte que tout, et puisqu'il ne faut jamais s'arrêter à des impressions superficielles généralement fausses... bref, vous connaissez la suite. Qu'en est-il donc de mon avis d'ermite grincheux non linguiste et souvent de mauvaise foi sur cette nouvelle traduction ? 

Gros morceau s'il en est!

Une chose qu'on ne peut pas enlever à Lauzon, et c'est peut-être le gros point fort de cette traduction, il dépoussière véritablement le texte de Tolkien. Même s'il m'est parfois arrivé de regretté le côté un peu «solennel» qu'on pouvait trouver chez Ledoux, il faut bien admettre que la lecture des premiers chapitres en Comté se fait ainsi de manière bien plus fluide et sans lourdeurs, on retrouve le rythme et la légèreté de la plume de Tolkien dans cette première partie «hobbite» (ayant survolé une partie du début en vo, je peux confirmer ce point). Je ne sais pas d”ailleurs si c”est grâce à Lauzon, ou si c'est juste que je l'avais moins remarqué, voire oublié lors de ma première lecture, mais le livre est en fait bourré d'humour, surtout grâce aux hobbits et à la Comté à vrai dire (enfin, je devrais plutôt dire au Comté dans le cas présent). Un humour somme toute très anglais, un peu discret, mais très présent, et d'autant plus appréciable que la première partie est par ailleurs très coolos-glandouille. 
C'est peut-être le reproche principal que je ferai au texte-même de Tolkien dans cette chronique, et qui fait qu'encore aujourd'hui c'est le tome vers lequel je me tourne le moins lors de mes petites séances «relecture» : la petite randonnée pédestre en contrée hobbite et dans les Terres Sauvages n'est pas désagréable en soi, mais a parfois un peu tendance à empiéter sur l'aspect aventure et le rythme du récit. La notion d'urgence ou de danger se fait rarement sentir - bon, cela vient aussi en grande partie du caractère des hobbits, on ne va pas se le cacher... - et plusieurs fois, je sentais l'âme de Gandalf planant au-dessus de moi, désireuse de botter le train de ces maudits semi-hommes afin qu'ils se dépêchent un peu en prenant conscience du péril qu'ils encouraient... Il faut en fait attendre la Moria pour que les choses évoluent, et les livres suivants (réunis dans Les Deux Tours et Le Retour du Roi) pour que le récit prenne toute son ampleur. 

L'Argonath (ici illustré par John Howe)
est un autre de ces témoins des Temps jadis.
Cela dit, cette petite escapade, avec tous les détours qu'elle sous-entend, permet tout de même, à la manière des Hobbits, d'apprécier en toute simplicité l'ambiance et le paysage de la Terre du Milieu, avec de très belles descriptions, mais aussi chansons, poèmes, histoires... C'est là qu'une redécouverte s'imposait pour moi : La Communauté de l'Anneau était mon premier Tolkien (je n'ai lu Le Hobbit qu'après-coup, avant d'attaquer Les Deux Tours) de fait je ne connaissais l'univers qu'à travers le prisme des adaptations (films, jeux vidéo notamment) et des infos que j'avais glanées par-ci par-là dans quelques guides ou sur le net. Étant désormais bien plus familier avec l'œuvre de l'auteur, cette relecture m'a permis de voir l'histoire d'un oeil nouveau : j'ai enfin pu apprécier à leur juste valeur les références au Silmarillion, au Hobbit, et tout simplement à l'Histoire passée de la Terre du Milieu, qu'on peut retrouver via ces poèmes, chansons, mais parfois aussi dans des anecdotes, des dialogues, des personnages. C'est ainsi qu'on découvre avec bonheur les nombreux clins d'œil au Hobbit, notamment, et c'est un plaisir de retrouver, même si c'est de courte durée, ce cher vieux Bilbo, bien sûr, mais aussi certains des Nains ayant participé à l'aventure, que ce soit en chair et en os, à savoir Glóin, ou bien par petites allusions sympathiques, tels Bombur ou Balin. On n'en partage d'ailleurs que plus le chagrin de Gimli lorsque la communauté découvre le tombeau de ce dernier dans la Moria, puisque l'on a nous aussi connu le vieux Nain.
Certains autres personnages prennent d'ailleurs une nouvelle ampleur, tout juste soupçonnée lors de la première lecture, qui les fait voir sous un autre jour et permet d'éclairer davantage leur comportement, leur caractère, et tout ce qui les entoure - Galadriel et Elrond notamment, pour ne pas les citer, et même les Elfes de manière générale, tant que j'y suis. La nostalgie des Jours Anciens, la tristesse et l'inéluctabilité de leur destin, leur vécu lors des Premiers Âges, la transformation du monde, la chute des civilisations, la perte d'être chers, en ayant finalement vécu avec eux tout cela lors de mes autres lectures Tolkiennesques, j'ai appris à les apprécier d'une manière différente, plus «profonde», plus «riche» peut-être (même si ça ne veut pas dire grand-chose) que la première fois. Tout comme Bilbo avec le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, ils sont un peu le lien qui rattachent les différentes œuvres, Silmarillion en tête, bien qu'ils aient des rôles finalement assez secondaires (pour Gala', ça tient même plutôt de la figuration) dans les autres écrits. Ça n'a l'air de rien, mais ça fait finalement assez plaisir, et contribue à la cohérence de cette grande toile tissée par le Professeur d'un livre à l'autre que sont la Terre du Milieu et son Histoire.

En dernier point avant de conclure cette chronique qui part décidément dans tous les sens, un petit mot sur la traduction des noms, qui a fait couler beaucoup d'encre et a déchaîné les plus vives passions alors que cette nouvelle version du texte n'était même pas encore sortie. On ne va pas se mentir, malgré une volonté admirable de respecter l'esprit de la version originale dans cette nouvelle traduction, je resterai toujours attaché et habitué à celle de Ledoux, comme beaucoup de personnes, du reste. Néanmoins, il serait de mauvaise foi de ne pas reconnaître les grandes qualités du travail de Lauzon, aussi bien sur la prose et les poèmes d'ailleurs que sur ces noms, d'autant qu'il permet de corriger pas mal de coquilles, erreurs, fautes de frappes et autres, qui jusqu'ici ne l'avaient pas été. Pour les noms, donc, question d'habitude, je suppose, mais pour moi, ça dépend vraiment. Pour certains, ça passe crème, et j'ai fini par m'habituer à ces nouvelles versions, pour d'autres... meh. 
Finalement, pour moi, que ce soit au niveau des noms ou du reste, les deux versions en viennent à cohabiter, aucune ne supplantant vraiment l'autre, chacune avec ses qualités et ses défauts, bien que la première garde une place particulière dans mon coeur par l'attachement que je lui porte. Je suis en tout cas bien content d'avoir pu effectuer cette relecture de La Communauté/Fraternité avec le travail de Lauzon, voilà qui m'a permis de faire d'une pierre deux-coups. Prochaine étape (peut-être), du full VO? :p

Parce que Tolkien illustré, ce n'est pas que Lee, Howe et Nadsmith, voilà une chouette version du Conseil d'Elrond à la
manière d'une Cène byzantine, de l'artiste ukrainien Sergueï Yuhimov (qu'on trouve dans l'édition russe de 1993 du texte)

Étant donné qu'il s'agit d'une redécouverte, avec une nouvelle traduction, ce petit bilan sera un peu différent de d'habitude. Le dépoussiérage du texte après d'autres lectures a bien fonctionné sur moi (et s'est même trouvé plus efficace que prévu, car la connaissance des autres œuvres apporte vraiment un regard nouveau, bien plus que de simples allusions et clins d'œil) même s'il a par ailleurs confirmé que c'était effectivement le tome de la trilogie que j'aimais le moins. Le Seigneur des Anneaux reste néanmoins un must read pour tout amateur de fantasy, ne serait-ce que pour la culture. Les chtits conseils de tata Josette maintenant, au regard de cette petite  expérience de relecture : Si vous avez débuté Tolkien par Le Hobbit ou Le SdA, je vous encourage à faire de même une fois que vous aurez lu au moins le Silmarillion, beaucoup de choses prennent un nouvel éclairage.
Si vous êtes plutôt nouveau lecteur du SdA, j'aurais tendance à plutôt vous encourager la nouvelle traduction, qui dépoussière pas mal le texte tout en corrigeant pas mal d'erreurs de la première (Francis, sache que je te kiffe quand même mon poto). Si vous êtes déjà familiers des différentes adaptations reprenant généralement la version de Ledoux, ne vous laissez pas décourager par tous les noms différents: même si certains passent toujours assez mal, on finit par s'y habituer sans problème au bout d'un moment. Voilà. Je crois que c'est tout.


mercredi 26 avril 2017

Lecture, urbex, zombies et raviolis - la suite de la suite (mais qui en fait se passe aussi surtout avant la première suite, un peu en même temps, et en partie après, bref, c'est le bazar)

[Pause-lecture] Resident Evil, tome 5 : Némésis, de S. D. Perry (Resident Evil : Nemesis, 2000)





Zombies, armes biologiques et animaux mutants : après tout ce qu'elle a traversé, Jill Valentine est prête à quitter Raccoon City et ne jamais revenir. Mais la Corporation Umbrella n'ira nulle part... encore. Les preuves de leurs expérimentations génétiques existent toujours et doivent être récupérées - ou détruites - avant d'incriminer l'organisation. Tandis qu'un virus mutagène se répand à travers la ville, une équipe de mercenaires fait son entrée accompagnée d'une créature mortelle. 
Son nom de code : Némésis.
Sa mission : traquer Jill.
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" Une seule balle dans la tempe droite, et le zombie s'écroula dans une mare de fluides fétides. Il était déjà dans un état de putréfaction prononcée - les yeux voilés de cataracte, la peau gris-vert glissant de ses os amollis, Jill respira par la bouche tandis qu'elle l'enjambait, prenant garde d'éviter tout contact avec lui. "

   Origine : Etats-Unis
   Traduction : Gabrielle Brodhy (2015)
   Edition : Milady (2015)



Je ne vous cache plus mon amour pour Resident Evil (d'ailleurs, je ne sais pas combien de fois je vous ai déjà dit ça, mais ça commence à faire beaucoup, il faudrait tenir des comptes... Quelqu'un a un stylo ? ) et tout particulièrement pour le troisième opus, Nemesis, aka Last Escape ou rasuto esukēpu dans la langue de Hard Gay. Celui-ci, c'est mon petit chouchou, mon préféré je crois avec le quatrième (en sachant que je n'ai pas encore touché à Code Veronica ni à Revelations 2), l'aspect fanservice n'y étant sans doute pas étranger. Je me devais donc, dans le cadre de ma mission divine de lecture et de chroniquage des novellisations de la série, de m'attaquer à son adaptation littéraire par SD Perry, comme je l”avais déjà fait par le passé pour le premier et le second opus de la licence ! 

Et donc voilà, tome 5 de la saga littéraire (oui parce qu'une fois de plus, j'ai sauté le précédent, le 4, encore une histoire originale qui ne me disait franchement rien) dans lequel on retrouve notre Jiru Balentain préférée qui fait de l'urbex poursuivie par un mutant géant en imper, avec Carlos son pote mercenaire hispanique, tandis qu'un ancien tueur soviétique, un pote à Carlos, fout le bazar un peu partout dans la ville. C'est très résumé, mais globalement, c'est ça. 

Cette bonne vieille Jill (Jiru Barentain pour les intimes ou ceux
que ça fait marrer) se retrouve une fois de plus en bien mauvaise posture,
face à cette horreur (mais sympa quand même) de Némésis
En fait, je ne vais pas trop m'étendre sur ce tome, contrairement aux deux précédents que j'ai chroniqués, parce que finalement, mon avis est assez similaire à celui que j'avais eu de La Cité des Morts - du coup, il risquerait d'y avoir redite. En gros, c'est assez fidèle au jeu, tout en sachant prendre des libertés là où il faut, même si on retrouve encore une fois ce principe un peu lourdingue des «descriptions à la fois trop vagues et trop précises qui ne parleront qu'aux fans» que j'avais déjà évoqué. 
Même chose pour les deux-trois énigmes du jeu intégrées au récit, qui semblent ici faire vraiment tache... Je m'en plaignais déjà pour La Cité des Morts, mais disons que le cadre du commissariat - càd lieu unique et dont l'architecture un peu loufoque, «miroir» du Manoir Spencer en quelque sorte, faisait partie intégrante de son adn - permettait de justifier plus ou moins ce parti-pris. Tandis qu'ici, ça passe beaucoup plus difficilement, n'étant pas vraiment adapté ni au rythme, ni à la narration, ni au cadre de l'histoire... Il est d'ailleurs amusant de noter que même Jill et Carlos semblent être bassinés par ces énigmes invraisemblables sorties de nulle part - et comme je les comprends ! Un élément du jeu, qui fonctionne certes peut-être très bien en jeu, justement, mais qu'il aurait donc sans doute mieux valu soit retirer, soit introduire différemment, soit carrément modifier pour qu'il soit véritablement bien intégré au récit...

Autre point qui a ses avantages et ses petits défauts, et qui fait la marque de la saga littéraire : les différents points de vue. En gros, chaque personnage un tant soit peu important dans l”intrigue, qu'il soit l'un des protagonistes principaux, plus secondaire, ou bien antagoniste, verra la narration adopter son point de vue, de manière régulière ou occasionnelle selon son importance - ici donc, Jill, Carlos et Nikolaï pour les principaux. Dans le tome 1, je les trouvais assez mal gérés (trop rapides notamment) bien qu'intéressants, dans le tome 3, beaucoup mieux foutus, à tel point que je n'avais pas trouvé grand-chose à y redire, et dans ce tome 5, c'est kif-kif bourricot. Autant je trouve le suivi du parcours de Nikolaï très intéressant, notamment parce qu”il change un peu de ce qu'on connaît, et que c'est un sacré bad guy à l'ancienne comme on en fait plus, autant celui de Carlos me laisse plus dubitatif... 
En fait, ce qui me gêne surtout, c'est son traitement et son temps de présence, SD Perry le rend tout beau, tout gentil, tout propre, qui se bat pour le bien, la justice et tout, même qu'en plus il est trop fort (je caricature), là où sa version in-game était plus nuancée, en étant plus volontairement insupportable déjà. On avait déjà eu droit un peu à ce coup-là par le passé de la part de l'auteure avec Chris, mais ici des fois, même si ça reste raisonnable, faut pas trop exagérer non plus, ça donne vraiment un aspect «fangirl» à la manière dont est écrit le personnage, chose que j”ai jamais vraiment aimée dans quelque oeuvre que ce soit. Et puis surtout, il «fait de l”ombre» à Jill, je veux bien qu'ils soient importants tous les deux dans l'histoire, mais Carlos monopolise presque la moitié - voire plus ? à vérifier... - du temps d'antenne, réduisant drastiquement celui de Jill, qui en paraît presque effacée en comparaison, alors que, bourdel, c'est elle l'héroïne !

Mis à part ce point (qui reste somme toute assez important) on reste sur les mêmes sentiers que les novellisations précédentes : écriture pas exceptionnelle mais efficace, rythme assez rapide, action, combats musclés contre le Némésis (le dernier m'a semblé par contre peut-être un poil facile et rapide), complots, monstres et expériences douteuses, bref, vous avez compris. 


Une nouvelle adaptation qui encore une fois sans être extraordinaire fait le job, assez plaisant à lire, tout à fait dans la veine des deux précédentes adaptations. Quelque peu mitigé sur certains points, notamment l'intégration des énigmes et le traitement du personnage de Carlos ainsi que son temps de présence, à côté duquel Jill paraît presque effacé. Un tome pour moi en deçà de La Cité des Morts, mais qui remplit néanmoins honnêtement son contrat.


mardi 25 avril 2017

[Post-it 16] Les trois ans du beulogue

De l'art (et du cochon) d'effectuer un retour discret pour souhaiter encore une fois un anniversaire en retard.


Je sais que je suis à la bourre David, mais pas la peine de me faire ce yeux-là... :-/

J'ai essayé. Sincèrement, j”ai essayé. Je me suis motivé, plusieurs fois, je me suis dit « allez mon pépère (oui parce que des fois, je m'appelle moi-même «mon pépère» (pas de commentaires là-dessus, je vous prie)) quand faut y aller, faut y aller ! » mais malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi. Vous l'aurez constaté par vous-mêmes, d'ailleurs, que vous soyez un visiteur régulier (il y en a ?), occasionnel, ou un simple passant. Et oui, pour ceux qui n'auraient pas compris, les braves, je parle bien de l'inactivité par ici. Oui, encore. Manque de temps, de motivation, d'envie, de temps, de trucs à dire, de temps, bref, manque de pas mal de trucs, et surtout de temps. Je me doutais bien que je n'allais pas réussir à retrouver le rythme de mes débuts en claquant des doigts, mais là, quand même, quand je vois à quel point la poussière s'est accumulée ici, je me dis que quand même, je ferais bien de sortir l'aspirateur en vitesse ! (c'est une métaphore)


Du coup, je ne promets rien cette fois, pour le futur d'ici, ça ira comme ça ira, et on fera avec, même si j'aimerais bien pouvoir me remettre à chatouiller du clavier pour le beulogue de temps en temps, parce que ça me manque beaucoup quand même. Et puis toutes ces notes, toutes ces chroniques inachevées qui traînent dans les tiroirs, si je ne les sors pas d”ici quelques temps, elles sont bien foutues de développer une forme d'existence propre et de se reproduire en vue d'envahir le monde... Et ça, ce serait pas cool !


Bref, on s'en fout, on est pas là pour se plaindre et parler de ça aujourd'hui, non, on est là pour ...

...fêter le troisième anniversaire du beulogue ! Yeah !


... avec deux mois de retard, ça va, je sais. Chut.

L'année dernière, il me semble qu'on avait rien fait pour les deux ans (j'avais commencé à préparer un gâteau, mais il a fini par moisir dans le frigo après seulement trois mois, et vu que ça a fini par s'étendre à toute la cuisine pour développer un mini-écosystème avec des insectes dégueu et tout comme dans Nausicaä, j”ai préféré laisser tomber) il est donc temps de se rattraper cette fois-ci !

Pas de bilan pour le coup, vu le manque d'activité ces derniers mois années siècles temps, ça n'aurait pas beaucoup de sens. A moins que ça vous intéresse vraiment... Qu'est-ce que vous en pensez ?

C'est bien ce qu”il me semblait...

Bon ben du coup tant pis. Pour le gâteau donc, c'est mort, le bilan, sans intérêt, du coup je peux vous proposer un concours de cailloux. C'est pas franchement formidable, mais ça peut toujours être sympa, histoire de marquer le coup. 

Après, je disais juste ça comme ça moi.

Ben, vous êtes bien gentil mais j'ai pas trop d'idées moi en fait. Je m'en suis rappelé il y a seulement quelques jours, du coup je n'ai rien prévu... Mais si c'est niet pour le concours de cailloux, pour le gâteau, pour le bilan, qu'est-ce qu'il nous reste finalement ? Un duel d'énigmes ?

...

Oui, non, d'accord, pas un duel d'énigmes. De toute façon, je le savais que c'était pourri comme idée. Ou alors...

...

Bon, ça va, j'ai compris, vous avez gagné. Vous voulez faire une fête, c'est ça ? Hé ben allez, c'est parti, on va faire ça... 

Ouais 'fin bon, criez pas victoire trop vite les gars...

Mais je vous préviens, pas de bazar, pas comme la dernière fois ! Si vous cassez des trucs, si vous libérez les grands anciens de la cave, ou si vous foutez de la bouffe partout, c'est vous qui nettoyez cette fois-ci ! Et juste pour vous signaler, ce sera vraiment avec les moyens du bord, la cuisine est inaccessible à cause de la fukai et des omus qui s'y sont développés, la cave est verrouillée, et le garde-manger est vide, du coup ce sera carottes-mayo et limonade pour tout le monde. Pas de souci, j'espère ?

C'est bon, pas la peine d'en rajouter...

Bon ben dans ce cas, allez-y, faites-vous plaize' ! 

Et attention aux tapis cette fois ! 

Ahlàlà, leur enthousiasme fait plaisir à voir... Mais devinez qui va devoir tout ranger, comme d'habitude... Bibi bien sûr... Enfin bref, trêve de bavardage, aujourd'hui, on s'enjaille !


Allez, bon anniversaire à toi, Deadly Dull, et bon courage pour les trois nouvelles années à venir - et celles d'après ! Et bien sûr, je compte sur vous, chers lecteurs, réguliers, occasionnels ou de passage, pour être toujours fidèles au poste ! 

Merci François Rollin, on peut toujours compter sur toi pour conclure en beauté ! :)



lundi 31 octobre 2016

(B)reinedead

(on remarquera que cette chronique, après tant de mois de rien, sort pile pour Halloween... si ça c'est pas de la coïncidence ! )

[Pause-lecture] Victoria, Reine et tueuse de Démons, de A. E. Moorat (Queen Victoria : Demon Hunter, 2009) 


Londres, 1838. 
La Reine Victoria est couronnée : elle reçoit l'orbe, le sceptre, et un arsenal d'armes destiné à pourfendre les démons ! Car au palais de Kensington, il y a de nombreux domestiques pour les tâches les plus ingrates, mais il incombe au souverain d'éliminer les engeances des enfers...
Bienvenue dans l'ère victorienne !
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"À une heure avancée de la nuit, alors qu’il contemplait Perkins, son serviteur, en train de manger son chien, Quimby, l’air sombre, se mit à réfléchir aux événements inhabituels survenus dans la soirée. "

   Origine : Royaume-Uni
   Traduction : Carine Roulet (2011)
   Edition : Eclipse (2011)


Victoria. Tueuse. De. Démons. En costume de sacre, avec des armes trop classes et tout plein de têtes décapitées.

Shut up and take my money ! 

Comme beaucoup je suppose (peut-être même comme vous, qui sait ?), j'ai été fortement interpellé par le titre et la couverture lorsque je suis tombé un peu par hasard sur ce livre dans un étal de bouquiniste, alors que j'étais simplement venu à la base pour .... et allez, voilà qu'il nous raconte encore sa vie ... bref, difficile de ne pas étre titillé par un visuel pareil, d'autant que de manière générale, le concept de fantasy/fantastique historique (ce n'est pas tout à fait ça, mais vous saisissez l'idée) m'intéresse énormément. D'autant plus que la thématique zombies/démons impliquait un ton décalé série B assumé, donc une bonne petite lecture décomplexée et pas prise de tête, peut-être même fendarde, bref un machin à des lieues de mes lectures habituelles, en perspective. 
Et en fin de compte, même si c'était un poil différent et en deçà de mes attentes, c'est bel et bien ce que j'ai eu. n'est-ce pas Les Mystères de Saint-Petersbourg (non, je n'arrêterai pas avec celui-ci)

Oui, je spouale la fin de ma chronique dès le début. Oui, je le sais. Oui, je m'en fous. C'est chez moi ici, je fais ce que je veux. Au moins, comme ça, pas de malentendus entre nous, et puis si jamais ça vous saoule, ça vous permet d'arrêter la lecture à tout moment, et ce en commençant tout de même dans les grandes lignes le verdict final. C'est plus pratique comme ça, non ? 

Bon, maintenant que ce mystère a été éclairci, je pense que nous pouvons revenir à des choses plus triviales. 

La couverture reprend ce tableau bien
connu de la reine en costume de sacre
Comme vous avez pu vous en douter au vu du titre, de la couverture, et du petit résumé, le roman met donc en scène cette bonne vieille Victoria (enfin, jeune dans le cas présent) à peine couronnée, et déjà bien occupée...  À l'époque où Elizabeth Bennett poutrait du zombie grâce à ses skills de ninja, et bien avant qu'Abraham Lincoln ne se mette à la chasse aux vampires, la jeune reine avait elle aussi bien des ennuis dans son royaume avec les forces des ténèbres... car ce ne sont rien de moins que des démons venus tout droit des Enfers, qu'elle doit affronter ! Un sombre complot s'ourdit en effet en plein coeur de l'Angleterre, visant à placer les descendants de Baal sur le trône ...
C'est ainsi l'occasion de revisiter les première années de l'ère victorienne sous un angle un peu inédit - et tellement jouissif ! Les lycanthropes déguisés en valets - perruqués et poudrés, s'il vous plaît ! - les prostituées et parlementaires zombies, les armées de petits ramoneurs possédés, se mêlent joyeusement - le plus souvent avec force et fracas - aux grandes figures de l'époque que l'on est amené à croiser au fil des chapitres. De ce côté là, le mélange fonctionne parfaitement, d'autant qu'il est fait avec suffisamment de décalage et de dérision, mais toujours maîtrisé, pour éviter de somber dans le gros n'importe quoi, ou au contraire dans le "trop au sérieux". Et ça, mine de rien, c'est un très bon point. 

J'ai pourtant eu un peu peur au début de ce côté-là, je vous l'avoue, car à un moment, les chapitres de Victoria s'orientaient un peu trop vers son amourette sa relation avec le Prince Albert, et très honnêtement ... Je n'en avais pas grand-chose à faire. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose - d'autant que ça représente une part très importante et de la vie de la reine, et de l'intrigue - mais ça empiète à mes yeux un peu trop sur l'aspect guerre contre les démons, côté Victoria. Et puis du coup, elle ne commence à véritablement poutrer du démon que vers la moitié-les deux tiers de l'histoire. Petite déception de ce côté-là, car pour une oeuvre qui s'appelle "Victoria, tueuse de démons", la Victoria, elle n'en chasse pas tellement au final.

Le dieu-démon Baal, dont les descendants
cherchent à asseoir leur domination sur le monde ...
Fort heureusement, il y a Quimby. Le seul, l'unique, le grand Quimby. Qui à lui tout seul représente environ les deux tiers du fun de l'histoire. Pour faire simple, disons que c'est une espèce de noble pervers, légèrement malhonnête sur les bords, et plutôt porté sur la nécromancie... Il forme avec son serviteur Perkins, tout aussi dépravé que le maître - et accessoirement changé en zombie suite à un malheureux concours de circonstances - un drôle de duo auquel j'ai curieusement fini par m'attacher à la suite de toutes ces mésaventures à base de chantage zombies, possédés, et rats sauvages dans lesquelles ils se retrouvent embarqués... Le contraste très amusant entre le caractère immoral des deux hommes et leur attitude exagérément guindée propre à la haute société a dû également beaucoup jouer sur ce ressenti. J'ai été surpris tout de même de voir qu'ils étaient aussi présents, mais leur présence permet d'alléger grandement le ton du récit, en apportant beaucoup d'humour au récit. Bon, pas toujours très fin hélas, ça tourne souvent autour de la ceinture, avant comme arrière, si vous voyez ce que je veux dire ... *clind'oeilclind'oeil* (bons dieux que je suis ridicule...)

Par ailleurs, les autres personnages tiennent bien la route, entre la badass Maggie Brown, mentor et protectrice de la reine, le bienveillant et attachant Lord Melbourne, Premier Ministre du Royaume, et le détestable sir John Conroy, odieux manipulateur de l'ombre ... L'intrigue offre de nombreux rebondissements, et nous entraîne dans une aventure haute en couleurs, nous faisant visiter les Palais de Kensington et Buckingham, les fameux clubs de gentlemen de Londres, la Chambre des Lords, les bas-fonds de la ville, sans oublier bien sûr, détour obligé par les asiles glauques de l'époque... Le tout avec moultes scènes d'action, bien riches en hémoglobine, des combats effrennés contre des hordes de revenants ou de lycanthropes, des duels à l'arc, à l'épée, ou encore à l'aide d'armes plus... inédites... Bref, les décors et situations sont assez variés, nous offrant un bel aperçu du Londres de l'époque victorienne, mais version histoire d'horreur-série B... 
Sinon, rien d'exceptionnel dans la plume et la narration, mais le tout est suffisamment maîtrisé pour que ça se lise facilement et rapidement, sans prise de tête, en gardant un bon rythme du début à la fin. Peut-être un peu trop survolé par moments: quelques descriptions, et développements supplémentaires n'auraient pas été de trop, notamment du côté de Victoria et des démons, pour pousser le concept un peu plus loin, d'autant que certains éléments restent encore en suspens à la fin ... 


Bref, un bon petit roman d'horreur historique au ton décalé un peu série B parfaitement assumé, qui offre sans prétention ce qu'il promet, avec un concept qui méritait toutefois d'être poussé un peu plus loin. La partie romantique côté Victoria empiète malheureusement un peu trop sur d'autres développements, et l'humour souvent coïto-scato est loin d'être toujours très fin; cependant rien qui vienne gâcher outre mesure la lecture. Rien d'inoubliable dans ce "Victoria, reine et tueuse de démons" finalement, mais ça reste très plaisant , jouissif même, comme défouloir littéraire, pour passer le temps entre deux lectures moins légères. 

Victoria se doutait-elle que, quelques décennies plus tard, une nouvelle catastrophe s'abattrait sur son royaume ?
(The new adventures of Queen Victoria, par Pab Sungenis - allez voir, c'est rigolo.)