mercredi 29 avril 2015

Pause tortu... lecture - défilé de mauvaise foi, magie chamanique et coucheries dans tous les coins.

Les Mystères de Saint-Pétersbourg, de Christian Vilà


Un rituel magique est à l’origine de la Révolution d’octobre...  
Pour Éfim Stoïkov, jeune chaman sibérien, tout commence à Barabinsk, son village natal. Une vieille femme à l’agonie lui confie la garde d’une mystérieuse créature qui lui ouvre la voie vers le Pays Violet, le monde des esprits. Ayant survécu aux premières épreuves de l’apprentissage chamanique, il émigre vers Saint-Pétersbourg. 
Dans la capitale tsariste, où la police dispose d’alliés surnaturels, où complots politiques et combats de sorciers font rage dans les bordels et les palais, Éfim achève son initiation et subit le joug des terrifiantes Reines-Sorcières, qui se livrent une guerre secrète dans les coulisses de l’Histoire.  
Sa route va croiser celle de Raspoutine, qui lui a été désigné pour ennemi. Mais derrière le moine maudit se cache un Ennemi plus redoutable encore : le Prince des Nocents, souverain occulte de la cité. Pour vaincre, Éfim devra franchir les Seuils Violets qui palpitent dans l’horizon du monde des esprits, et où affluent les âmes des soldats morts dans les combats de la première guerre mondiale. En ces lieux singuliers vont se jouer son destin... et celui du siècle.


      Infos complémentaires:
      Origine: France
      Edition: Bragelonne (2003)
      320 pages


Don't judge a book by its cover, dit un célèbre proverbe anglais. L'expression me paraît parfaitement appropriée à la situation présente, au sens figuré comme au sens littéral. Je me permettrai même de la compléter un peu: Don't judge a book by its cover and its plot summary. Il m'est certes déjà arrivé de tomber dans les filets d'une superbe édition mais me faire embobiner à ce point, ça, jamais. Voilà bien longtemps que je n'avais pas connu une telle déception. Je me demande même si ce n'est pas la plus grande que j'aie jamais rencontrée... Oh, certes, j'en ai connu des ignominies bien pires, des horreurs qu'on oserait à peine qualifier d'oeuvres, des films mauvais à en vomir, des livres détestables, des jeux médiocres, et même des trucs pas forcément ratés, mais que tout le monde aime sauf moi. Mais en général, dès le début - non, avant, même - je sens bien que quelque chose ne va pas. En général, le bouquin ne me fait pas l'affront de me faire miroiter monts et merveilles avant de me cracher à la gueule tout en arrachant son masque avant de pousser un rire machiavélique qui ferait frémir Chrisopher Lee.

La couverture de la dernière édition,
qui a quand même de la gueule, disons-le!
Pourtant, ça augurait plutôt du bon. Si je trouve la couverture sympathique sans plus (je préfère largement celle de la dernière édition!) le résumé m'avait en revanche mis l'eau à la bouche! Il promettait entre autres une intrigue mêlant mystères, mysticisme, magie et politique. Mais à vrai dire, c'est surtout le contexte historique qui m'intéressait - la Révolution d'Octobre. Je m'attendais à une réécriture intelligente mêlant habilement Histoire et Fantasy, avec de surcroît une mythologie russe peu couramment utilisée. De fait, j'ai ouvert le livre sans aucune apréhension, des rêves plein la tête, et le sourire aux lèvres.
Dès le début, en réalité, les choses ne se sont pas déroulées exactement comme je l'avais prévu: la plume de l'auteur ne me convainquait pas, et j'avais du mal à trouver de l'intérêt à ce que je lisais. Il faut dire que l'enfance d'Efim, notre personnage principal, est loin d'être le passage le plus mouvementé - enfin, quand on voit ce qui suit, on se dit que finalement... Le narrateur - Efim himself! - se contente d'y raconter ses jeunes années comme il l'aurait fait dans des mémoires, avec un certain détachement qui se ressent dans l'écriture, et de se fait lors de la lecture. Du coup, je me suis un peu ennuyé durant ces passages, j'avais du mal à continuer, mais j'ai tout de même persévéré. "Ce n'est que l'introduction, après tout!", me disais-je, espérant que la suite serait plus palpitante. 
Mais s'il est vrai que le narrateur s'implique davantage dans le récit par la suite, les prémisses des problèmes qui plus tard se révèlent dans toute leur splendeur commencent déjà à poindre: la nature du personnage principal, et surtout le choix de la narration à la première personne. L'auteur est parvenu à "gary-stu-iser" son héros, et ce même gamin... Etait-il nécessaire d'en faire autant sur ses particularités physiques, surtout quand celles-ci ne sont d'aucune utilité pour la suite (alors qu'il y avait moyen d'en faire quelque chose) - nottamment ses yeux "si uniques, ohlàlà!"? Avait-on besoin tout le temps de la ramener sur son caractère soi-disant "spécial" - d'ailleurs, il faudrait qu'on m'explique en quoi? Non, il faut absoooolument qu'il soit unique en tous points, aussi bien physiquement que dans son histoire, pour montrer à quel point c'est un personnage faaaantastique. Il ment aussi bien qu'un pied de chaise, mais le tsar lui-même le félicite pour ses boniments. Il était un véritable cancre à l'école, mais c'était uniquement sa volonté, car lorsqu'il décide de s'y mettre sérieusement, il parvient sans effort à surpasser le maître dans tous les domaines, même ceux qu'il ne lui a jamais enseignés. Il est tellement innocent mais attirant à la fois que tout le monde veut coucher avec lui - aussi bien les damoiselles que les damoiseaux -  et une fois sur deux, ça marche. Mais comme il est innocent, bien sûr, ce n'est jamais de sa faute, c'est lui la victime dans l'histoire. 

Un chaman sibérien, photo datant de la fin du XIXe
Pour résumer, l'auteur fantasme du début à la fin sur son personnage, ce qui est tout bonnement insupportable. Et pour ne rien arranger, j'en arrive au second point: le choix d'une narration à la première personne. Alors certes, ça ajoute peut-être une dimension "récit autobiographique" à l'histoire, mais ça mine également encore plus l'attachement et l'identification au personnage, qui étaient déjà bien mal en point. Surtout que, Efim étant une projection littéraire des fantasmes de l'auteur, j'avais constamment l'impression qu'il se mettait en valeur sans arrêt, le tout teinté de fausse modestie, ce qui ne le rendait à mes yeux que plus égocentrique, orgueilleux et arrogant. Et s'il y a bien un type de personnages que je déteste par-dessus tout, ce sont les égocentriques orgueilleux et arrogants - si ce sont de faux gary-stus, en plus, c'est l'apocalypse assurée.

"Ce ne sont que les prémisses", vous disais-je, et pourtant, voyez à quel point j'ai déjà déversé ma bile... C'est dire à quel point ça s'aggrave par la suite... Parce qu'effectivement, les choses sérieuses ne font que commencer, lorsqu'Efim arrive enfin à St Petersbourg. A ce moment-là, je m'imaginais encore naïvement qu'on en viendrait assez vite à la joute avec Raspoutine, puis à la fameuse Révolution promise, dans laquelle la magie chamanique jouerait un rôle important. Malheureusement, il n'en est rien. 
Pendant deux cent pages, on se contente ainsi de suivre la vie d'Efim à la capitale tsariste, à la découverte de la société magique et de la guerre intestine qui s'y déroule. Il est du coup vraiment dommage qu'on en apprenne finalement si peu sur cette société, et qu'on ait finalement qu'un aperçu plus que limité de cette lutte de pouvoir, qui était pourtant un aspect bien plus intéressant que les journées médiocres du paltoquet qui nous sert de personnage principal. Choix étonnant de la part de l'auteur: pourquoi avoir pris la peine d'imaginer autant d'éléments de background, pour finalement les utiliser si peu que certains sont à peine mentionnés? Trouvait-il son personnage si génial qu'il a préféré se concentrer uniquement sur lui, au détriment de son univers? Cela en valait-il vraiment la peine, quand on voit le résultat?

Car, croyez-le ou non, chaque chapitre trouve le moyen d'enfoncer le clou un peu plus. Pas un pour racheter l'autre. J'ai même failli à un moment de ma lecture balancer le livre et lui sauter dessus à pieds joints, ce qu'après m'avoir à ce point craché au visage, il aurait bien mérité. Et je l'aurais fait sans l'ombre d'un doute si je n'avais pas été dans le métro à ce moment-là. Mais, je m'égare, pardonnez-moi.

Dans cette partie à Saint-Petersbourg, le périple d'Efim l'amène à rencontrer différents membres de la société magique et chamanique, et à ce moment-là, le bouquin change complètement de bord, en passant du récit initiatique maladroit au récit érotico-harem maladroit. C'est sûr, ça a l'air alléchant, dit comme ça, mais je vous rassure tout de suite, il n'en est rien. Chaque chapitre n'est qu'une nouvelle série de prétexte destinée à mettre Efim en avant, et il est siiii attirant que même si c'est encore un gamin, toutes les femmes se sentent soudainement des cougars dans l'âme et en pincent pour lui. Même les lesbiennes. Même celles qui ont déjà quelqu'un. Et même certains hommes, à bien y repenser.

Saint-Pétersbourg, en 1900. Il est dommage que le livre soit si avare en descriptions,
tout le monde n'est pas familier  avec la vieille capitale tsariste.

Et tout ce qu'on voit du conflit magique se résume à ça: des coucheries. On passe son temps à alterner entre des anecdotes sans intérêt sur la vie d'Efim, des voyages bizarres dans le monde des esprits, et Efim qui se fait draguer à droite ou couche à gauche. Des fois c'est avec une sorcière, histoire de nous faire croire qu'il y a une quelconque notion d'enjeu, mais en fait non. On se croirait dans un mauvais eroge. Inutile également de préciser que lors de sa première fois, loin de susciter les gloussements d'otarie de sa partenaire à la suite de ses pitoyables compétences en la matière, il est déjà un dieu du sexe. Le pire, c'est qu'il trouve aussi le moyen de jouer les martyrs, en disant qu'"il est tellement une victime de ce qu'il se passe", alors que visiblement il ne fait volontairement rien contre, et même en redemande. Ouais, sacré martyr, hein. Jésus peut aller se rhabiller.
Non mais sérieusement... Tu parles d'un héros! Le gars est investi d'une mission de la plus haute importance, on lui refile pour ça un héritage chamanique d'une puissance incommensurable, ses actions peuvent potentiellement influer sur la situation géopolitique de la Russie toute entière, et lui, sa seule préoccupation, c'est de savoir avec qui et quand il pourra coucher la prochaine fois. Le gars ne "réfléchit" vraiment qu'avec ses parties, c'est insupportable... Quand je vous disais qu'on était passé à de l'"érotico-harem", je n'exagérai pas! C'est ÇA Les Mystères de Saint-Pétersbourg! Du sexe maladroit, des orgies, du flirt, de la perversion pas dérangeante. Et il y en a pour tous les goûts! Du sexe lesbien, gay, de l'orgie, du maître-élève, du cougar-gamin (souvent), du "romantique", de l'"adultère", du SM, sans oublier du presque-viol, du presque-inceste, et même de la presque-zoophilie! Faîtes votre choix! Personnellement, j'ai eu ma dose au bout de la première fois. Surtout que ce n'est même pas écrit de façon jouissive, comme si l'auteur n'assumait même pas ce virement total de l'intrigue. J'en veux pour preuve la tentative de justification foireuse au fait qu'Efim soit autant porté sur la chair, alors qu'il est un chaman, je vous rappelle - le côté spirituel, l'élévation de l'âme, tout ça...
Raspoutine, surnommé "le moine fou", 
et supposément le grand méchant de l'histoire...

Au bout d'un moment, tout de même, l'auteur se souvient qu'il a une intrigue à faire avancer, et après deux cent pages, on fait enfin la rencontre de Raspoutine, qui n'est finalement pas bien méchant. Oui, Raspoutine. Celui qui d'après le résumé, est considéré comme l'un des grands enjeux de l'intrigue, avait jusque là à peine été mentionné. Et le bonhomme dure à peine cinquante pages. Est défait dans un combat "final" minable, sans aucun enjeu ni intérêt. Et le pire, c'est que la seule raison qui pousse Efim au combat, c'est la jalousie. Parfaitement. C'est uniquement pour satisfaire sa libido, et non pour accomplir sa tâche et potentiellement sauver le monde qu'il tue Raspoutine. Le grand méchant- je ne parle même pas de l'"Ennemi plus redoutable encore", le Prince des Nocents, sinon je risque de m'énerver... - d'après le résumé, qui dure tout juste à peine  cinquante pages, et dont le rôle est réduit à celui du perdant d'un duel de mâles en rut. Et du coup, sa disparition n'implique rien, pas d'enjeux, pas d'objectif à accomplir, rien. C'est juste un combat comme un autre, comme on aurait pu en voir à la pelle dans le roman si l'auteur avait choisi de s'attarder dessus. Ce qui aurait pu être un climax s'essouffle comme un ballon de baudruche. J'insiste sur ce point, pour que vous compreniez bien à quel point ce résumé est une escroquerie. J'attends d'ailleurs toujours de savoir quel est ce fameux "rituel magique" qui serait à l'origine de la Révolution d'Octobre.

Ah oui, et tant qu'on y est, la fameuse Révolution d'Octobre, non seulement mise en valeur par le résumé, mais aussi par l'illustration de couverture... soixante pages à la fin, à tout casser. C'est dommage, parce que même si les défauts du reste du roman sont toujours présents, on y entrevoyait enfin vraiment une histoire de machination politiques, la guerre intestine de la société magique, et même un passage avec de l'action qui dure plus d'un paragraphe. Il est du coup regrettable qu'en plus d'être trop court, l'auteur ai choisi de mettre dans ses chapitres l'accent sur la grande orgie de dix jours qui dure à Saint-Pétersbourg et la vie de couple de cet imbécile d'Efim. De fait, même si ce long épilogue est loin d'être aussi mauvais que le reste du récit, il n'en demeure pas moins une nouvelle occasion ratée de la part de l'auteur de réussir à faire quelque chose de son histoire.

Pierre Ier le Grand, Empereur de Russie, serait le véritable "méchant" du livre.

Bilan des courses


Je sais que j'ai pas mal déversé ma bile dans cet article, peut-être même plus que nécessaire. Au fond, ce n'est peut-être pas un si mauvais livre que je l'affirme - malgré tout je reste persuadé que même objectivement, il est loin d'être bon. Mais il est tellement à des années-lumière de ce qu'il prétendait être que forcément, la déception n'en a été que plus grande. Sérieusement, si j'avais voulu une histoire erotico-pornographique avec des sorcières sur un fond historique sans intérêt, j'aurais choisi Youporn ou hentai.net. Pas Les Mystères de Saint-Pétersbourg.


Les "mouaif" du bouquin:
→ Un résumé sympathique
→ Une mythologie et un système de magie peu couramment utilisés
→ Un contexte historique théoriquement intéressant
→ Il ne m'aura coûté qu'une piastre (acheté d'occase)








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Les "p****n mais non les gars!" du bouquin:
→ Un mauvais héros, détestable et imbuvable
→ Des personnages insipides
→ Une "intrigue" sans intérêt
→ Une plume ennuyeuse
→ Un univers très mal - voire pas du tout! - exploité
→ Aucune notion d'enjeu
→ Des occasions ratées de faire quelque chose de l'univers et des personnages, de mettre de l'action, de l'émotion, ce genre de choses.
→ Une série de prétextes destinés à mettre du sexe "à toutes les sauces sur le tapis"
→ Un résumé et une couverture plus que mensongers - une véritable escroquerie!







dimanche 12 avril 2015

Pause lecture: la dernière aventure du Sorceleur

 La Saga du Sorceleur, tome 5: La Dame du Lac, de Andrzej Sapkowski 
Note: la numérotation concerne l'édition Bragelonne, celle que j'ai lue, qui est différente de celle en cours chez Milady, laquelle fait de ce tome le septième, et non le cinquième (les deux volumes de nouvelles étant considérés comme des tomes à part entière)
Les destins de Geralt, Yennefer et Ciri ont pris des chemins différents. Tandis que Yennefer est retenue prisonnière, Geralt passe tout l'hiver de manière fort agréable à Toussaint, principauté de contes de fées. Là, la magicienne Fringilla déploie ses charmes pour y retenir le sorceleur le plus longtemps possible. Quant à Ciri, elle a été projetée dans un monde parallèle en pénétrant dans la tour de l'Hirondelle pour échapper à son bourreau. Retenue par l'elfe Avallac'h, elle ne peut espérer la liberté qu'en acceptant de porter l'enfant du roi des Aulnes. L'enfant de la destinée parviendra-t-elle à s'enfuir pour voler au secours de ses amis ?
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" – Quelque chose s’achève, dit Jaskier d’une voix altérée. 
– Quelque chose commence, enchaîna Yarpen Zigrin. "

     Infos complémentaires:
     Titre original: Pani Jeziora (1999)
     Série: La Saga du Sorceleur (Wiedźmin)
     Origine: Pologne
     Traduction par Caroline Raszka-Dewez
     Edition: Bragelonne (2011)
     480 pages



Le moment est venu de placer le point final de mon aventure avec la Saga du Sorceleur. Une aventure littéraire qui aura duré trois ans, une jolie histoire d'amour qui voit malheureusement arriver ici sa conclusion - enfin, une conclusion toute relative, puisque je pourrais poursuivre mon périple avec les jeux de la franchise! 

Les descriptions de Toussaint m'ont largement fait penser
 aux "Riches heures du Duc de Berry" - il paraît d'ailleurs
que ce pays est inspiré de la France médiévale!
Le roman met un peu de temps à démarrer: après une introduction avec Ciri se déroulant après les évènements - dans le genre de ce qui avait été fait dans le tome précédent, avec le marais et ce bon vieux Vysogota - on se retrouve avec un long chapitre consacré à deux personnages extérieurs à l'histoire. Même s'il est entrecoupé de flashbacks permettant de savoir comment avance l'intrigue politique aux quatre coins du monde, j'ai trouvé ce passage un peu long, voire même futile. Après ça, fort heureusement, l'intrigue redémarre sur des chapeaux de roue, et on retrouve avec plaisir notre bande de héros en vadrouille dans la principauté de Toussaint. Bien qu'il ne s'y passe pas grand-chose, j'ai beaucoup apprécié les descriptions de ce pays enchanteur, aux habitants bon vivants - un vrai pays de conte de fée! Je n'aurais même pas été contre si les personnages s'y étaient attardés un peu plus!

Conclusion oblige, les nombreuses portes ouvertes lors des tomes précédents se referment, les intrigues trouvent leur résolution. Les mystères tournant autour de la destinée de Ciri sont ainsi révélée, et bien que je me sois spoilé comme un imbécile sans le faire exprès peu avant d'arriver à ce fameux passage - les joies de l'Internet... - j'avoue que c'est resté une jolie surprise. Une bonne grosse révélation bien inattendue et bien foutue, donc! Mais niveau coups de théâtre, ça ne s'arrête pas là, et le tome en regorge, nottamment du côté de l'intrigue politique. Encore une fois, cet aspect-là a été bien étoffé, pour mon plus grand bonheur, et la bataille décisive entre Nilfgaard et les Royaumes du Nord, en plus d'être longue et riche en tension, est absolument jouissive et marquante! Sapkowski y multiplie les points de vue et les retournements de situation, bref, une fois de plus, il se fait plaisir!

Chevalier de Toussaint et ami de Geralt, Reynart de Bois-
Fresnes est un personnage bon vivant et attachant.
Toutefois, j'ai un peu regretté que cet aspect empiète un peu sur la quête de Geralt et ses amis: celle-ci en paraît presque dérisoire, du coup, et leur bataille finale à eux, fait pâle figure à côté du grand conflit qui se déroule plus au sud. Par ailleurs, je trouve que l'on aurait pu davantage s'attarder sur les autres membres du groupe - Cahir, Régis, Angoulême, Milva - qui m'ont semblé un peu délaissés dans ce tome. J'ai d'ailleurs trouvé leur devenir un peu expédié - il y avait largement moyen d'en faire plus sans en faire trop!

En fait, et bien que cette lecture fût encore une fois très plaisante, j'ai même trouvé que globalement, mis à part du côté politique, le rythme était trop proche des tomes précédents, et de ce fait convenait moins à une conclusion définitive aux aventures de nos personnages... J'ai toutefois apprécié que Sapkowski prenne le temps de distiller sa fin, après les retrouvailles de la "petite famille" de Geralt, Yennefer et Ciri. On se retrouve ainsi pendant un moment comme au bon vieux temps d'avant leur séparation, et c'est aussi l'occasion de revoir d'anciens protagonistes un peu perdus de vue. Connaissant d'avance la "vraie" fin dans les grandes lignes, étant donné que j'avais déjà joué aux jeux, je craignais d'être un peu déçu de ce point de vue là, mais en réalité, j'ai trouvé qu'elle passait plutôt bien. Une conclusion un peu étrange, en some, mais tout à fait dans la veine "Sorceleur", en faisant écho une fois encore au folklore occidental!

Ce tome symbolise également le retour en grande pompe de Yennefer!
[fanart par bangalore monkey]

Le mot de la fin


Je ne cacherais jamais le plaisir que j'éprouve à chaque lecture d'un tome des aventures du Sorceleur. Ce tome-ci ne fait pas exception. J'ai certes trouvé que certains passages étaient un peu long, d'autres au contraire trop expédiés, et que le rythme du récit n'était pas toujours adapté à un tome de conclusion. Par ailleurs, j'ai un peu regretté que la quête du groupe de Geralt, ainsi que les personnages qui le composent, paraissent comme parfois mis de côté. Toutefois, le tome se rattrape sur tous les autres points, avec un aspect politique bien étoffé, des passages touchants, drôles, tendus, riches en action, marquants, des révélations et des retournements de situation à foison, et bien sûr, toujours son lot de références aux légendes occidentales. Le tout avec une plume toujours aussi captivante. Il en ressort un tome certes un peu moins réussi, mais toujours dans la veine de ses prédecesseurs. Au final, une bonne conclusion à cette série captivante et réussie qui m'aura accompagné pendant plus de trois ans.

Encore une fois, le récit fait la part belle aux références folkloriques. Cette fois-ci, ce sont les Légendes arthuriennes
 qui sont mises en valeur - la fin du roman fait d'ailleurs écho au dernier voyage d'Arthur vers Avalon.
[ci-dessus: Le voyage d'Arthur et Morgane vers l'Île d'Avalon, par Frank William Warwick (1888)]
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jeudi 9 avril 2015

Les méchants, c'est top! [Post-it 10]

Salut les cocos, c'est moi! Ça faisait longtemps, hein?

Je suis bien d'accord, mais calme-toi, Capitaine Picard.

C'est le mois d'avril, le blog a fêté son premier anniversaire il y a un peu plus d'un mois, j'ai des articles sur les étagères qui n'attendent que d'être écrits, et en plus je suis fatigué... Alors, me suis-je dit, au lieu de rattraper mon retard, de me reposer, ou de faire quoi que ce soit de constructif, si je pondais un autre top inutile? 

Plutôt qu'un top, à vrai dire, il s'agirait en fait d'une "liste", un peu dans le genre de ce que j'avais fait fin décembre 2014. Et que c'est que quoi, le thème, cette fois-ci? Hé bien, les méchants, pardi! 
J'éprouve une fascination, et une sympathie particulières à l'égard de ces méchants, je trouve généralement que ce sont des personnages jouissifs, dotés d'un charisme monstre. Ils se paient même parfois le luxe d'être les personnages les plus intéressants des oeuvres auxquelles ils appartiennent. Alors, tout ça c'est bien gentil, mais qu'est-ce que j'entends exactement par "méchant"? Hé bien, tout simplement un personnage qui, par ses actes ou son idéologie se retrouve opposé au(x) héros, considéré comme "mauvais" par son comportement, ou appartenant au "mauvais" camp - par exemple, le Mal, si manichéisme il y a.
Pour ce top, j'ai choisi 15 de mes méchants préférés, tous supports confondus. J'ai essayé de me limiter à un méchant par série/franchise, ainsi qu'à ceux qui m'ont le plus marqué, parce que sinon, on était pas sortis du sable. Donc, sans plus attendre,



15 de mes méchants préférés, tous supports confondus


Note: il va de soi qu'en plus d'être totalement personnelle, cette liste présente mes méchants préférés, ceux que j'adore, et non pas ceux que je trouve meilleurs, plus puissants, machiavéliques ou quoi que ce soit. 

I . Le carnet d'adresses

Ceux que je garde sous la main au cas où, parce qu'on sait jamais.


Le couple Macbeth (Macbeth)
Si pris séparément, les deux Macbeth sont des personnages shakespeariens tout ce qu'il y a de plus classique, lorsqu'on les réunit tous les deux, c'est une autre paire de manches. La femme pousse le mari au crime, le mari exécute sans scrupules, les deux règnent d'une main de fer sur l'Ecosse, se soutenant mutuellement dans leur soif d'ambition. Pas un pour racheter l'autre. Bref, un beau couple d'affreux comme je les aime.

Arthas (Warcraft III, World of Warcraft) 
Personnage-phare de Warcraft III: Reign of Chaos et de son extension The Frozen Throne, Arthas était le prince du Royaume aujourd'hui en ruines de Lordaeron. Originellement connu pour sa bravoure et son sens de l'honneur, on assiste peu à peu à sa déchéance, corrompu par la malédiction du Roi-Liche, mais aussi par ce sens du devoir tellement poussé à son paroxysme qu'il en devient mauvais. Si j'apprécie sans plus ce personnage dans Warcraft III, c'est dans The Frozen Throne que j'ai véritablement commencé à l'apprécier. Peu à peu, il gravit les échelons du Fléau, consicent de sa propre déchéance, n'hésitant pas à combattre ses anciens alliés, jusqu'à défaire celui qui est la cause de sa ruine pour finalement prendre sa place et devenir ainsi le nouveau Roi-Liche - récupérant au passage un bon millier de points de charisme. Arthas le Roi-Liche, ça sonne cruellement bien, non?


II . La galerie des portraits

Ceux pour lesquels je laisse, en plus du carnet d'adresse, une petite place pour un joli portrait en pied.


Dark Vador (Star Wars)
Pas moyen d'y couper, celui-là. Est-ce que j'ai besoin d'en dire plus? Chacune de ses apparitions m'emplit d'une joie sans nom, sa voix grave entrecoupée de bruits de lave-vaisselle me fait frissonner à chaque fois. Ce type est une bête de charisme, un bon méchant à l'ancienne comme on en fait plus. Le gars va même jusqu'à se retourner et exécuter lui-même le boss de fin pour sauver son fiston. Il a même une tri-prélogie qui lui est entièrement consacrée! La vraie star de Star Wars, ne cherchez pas, c'est lui.

Méléagant (Kaamelott)
J'avoue qu'au début, je ne l'aimais pas beaucoup. Il faut dire que cet envoyé des dieux, connu également comme "la Réponse", n'est pas très sympa, tout ce qu'il désire, c'est la ruine, la destruction des gens. Mais à force de revoir le Livre V, j'ai fini par l'apprécier pour ce qu'il est, celui qui apporte les ténèbres, un être cruel, manipulateur, sans émotions, et bizarrement, ça passe - sans doute parce qu'il n'est pas humain. Carlo Brandt interprète avec brio le personnage, et ses mimiques, son physique, sa façon de parler, rendent à mes yeux Méléagant tout bonnement excellent. Terrifiant, horrible, certes, mais excellent.

Sephiroth (Final Fantasy VII) 
Je sais, c'est classique, banal même, de faire figurer Sephiroth ici. Mais en même temps, cette place, il la mérite! Vous en connaissez beaucoup, des types qui sèment la destruction en se battant à une main avec un odachi d'au moins deux fois leur taille? Moi non! Et puis, quel charisme! Quelle force!  Et quelle classe! Non mais, sérieusement, vous ne trouvez pas que ses cheveux sont magnifiques? Si j'avais une crinière argentée comme ça, moi non plus je n'aurais aucun scrupule à tenter de détruire la planète - quoique "simplement" la contrôler serait sans doute plus intéressant...

Smaug (Le Hobbit) 
Il fallait bien un dragon dans ce "top", alors j'ai choisi Smaug. En plus d'être un dragon, ce qui est déjà un bon gros point, c'est un beau parleur qui maîtrise l'art du langage à la perfection - son long échange avec Bilbo demeure d'ailleurs l'une des meilleures scènes du livre. Ajoutez à cela son fameux "I am fire! I am death!" plus la jouissive interprétation de Benedict Cumberbatch dans les films de PJ, et c'est bon, vous obtenez l'un des meilleurs dragons jamais inventés, une sorte de Fafnir en 1000 fois plus mieux. Je ne l'inviterais pas à venir prendre le thé, pour des raisons évidentes - de place notamment, et puis ce serait gênant s'il lui venait à l'envie de compléter son quatre heures par l'un de mes hôtes - mais son portrait dans ma galerie aurait sacrément de l'allure! 

Griffith (Berserk)
C'est certes le principal antagoniste de la série, mais je le considère depuis le début comme "l'autre anti-héros" de l'histoire, puisqu'on suit aussi bien son évolution que celle de Guts. En plus d'être un beau gosse à la chevelure magnifique - encore un! - c'est un épéiste, un stratège et un chef de guerre hors pair qui parvient à réunir des alliés surpuissants, mais surtout, il est parvenu à littéralement devenir un Dieu, pour sortir de la déchéance dans laquelle il avait plongé - et qui m'avait fendu le coeur. Un personnage ambigü, intéressant, qui n'a pas hésité à sacrifier ses hommes et ouvrir la porte du monde des humains à des créatures infernales pour atteindre son but, mais continue de se battre pour protéger les faibles et créer une patrie où règne la paix. 

Ganondorf (série The Legend of Zelda) 
Je précise que c'est bien Ganondorf qui a sa place ici et non Ganon, son "alter-ego" porcin - non pas que le second me déplaise, mais il n'a pas la carrure et le charisme de la version humaine. Ganondorf, c'est une bête de charisme et de puissance, un roi sans scrupule maîtrisant la magie, l'escrime et l'orgue à la perfection, il possède même littéralement des pouvoirs divins - ainsi qu'un thème qui déchire! Sa soif de pouvoir et de revanche et telle qu'il traverse les âges et les dimensions sans broncher, jamais vraiment vaincu, toujours là dans l'ombre, à attendre son heure. Ce gars-là, c'est tout simplement sans hésiter l'un des meilleurs boss de jeux vidéos jamais créés. (notez que j'ai un temps hésité avec l'Avatar du Néant, mais Ganondorf a l'avantage de l'ancienneté.)

Morgoth (oeuvre de Tolkien) 
Non content d'être un dieu déchu qui a sombré dans le chaos, Morgoth, c'est carrément LE Mal incarné, la source de toute la souillure du monde, le pire seigneur machiavélique qui ait jamais existé, la personnification des Ténèbres. Sauron, à côté, c'est un enfant de choeur. D'ailleurs, c'est son apprenti. Si encore il n'y avait que lui... Le gars a également comme serviteurs Balrogs, loups-garous, vampires et Dragons. Ouaip, ça, c'est de l'Armée! Et tout ça dans un seul but: le chaos. Voyez, on peut difficilement faire pire que Morgoth. Y'en a qui ont essayé, inutile de vous dire qu'ils ont eu des problèmes. 


III . Les invités

Ceux que j'inviterais sans hésiter autour d'une tasse de thé, histoire de discuter lectures,
 carrières ou plans de conquête du monde. Inutile de dire que ceux-là sont la crème de la crème.


Le Joker (univers Batman)
S'il y a bien une chose dont l'univers Batman peut se vanter, c'est bien d'avoir créé toute une panoplie de méchants uniques et inoubliables. Parmi tous ceux-là, le Joker est certainement le plus représentatif, en plus d'être le plus réussi. Toutefois, si c'est lui seul que j'ai choisi pour les besoins de la liste, je ne pourrais me résoudre à l'inviter si je ne faisais de même avec sa chère Harley Quinn, l'inimitable Pingouin (me décider entre lui et le Joker fut difficile!), l'étrange Epouvantail, et même éventuellement la sensuelle Catwoman.

Zangdar (Le Donjon de Naheulbeuk)
Ce pauvre Zangdar n'a décidément pas de chance! Volé par une bande d'aventuriers, dépouillé de son donjon par des fonctionnaires peu scrupuleux suite à une méprise, réduit plusieurs fois à parcourir la Terre de Fang avec son assistant comme un vulgaire vagabond, il est bien difficile après toutes ces mésaventures de le considérer encore véritablement comme une menace. Pourtant, je le trouve attachant dans son malheur, et puis, même dans l'adversité, il parvient à considérer toute sa verve et sa stature de "Maître". Sans doute l'un de mes personnages de toute la série.

Hector Barbossa (Pirates des Caraïbes)
Pour la plupart, un film Pirates des Caraïbes sans Johnny Depp serait impensable; pour moi, c'est un tel film sans Barbossa qui serait inimaginable. Un pirate comme je les aime, un intrigant qui ne respecte le Code que lorsqu'il le veut bien, et maîtrise la verve à la perfection, un type increvable qui même lorsqu'il rejoint le "bon" côté ne peut s'empêcher de manigancer dans tous les coins, tout en conservant son flegme et son charisme. Et puis ses mimiques, ses répliques, ses expressions... Geoffrey Rush est juste parfait dans ce rôle! Qu'est-ce que je l'adore! S'il vous plaît, faites un spin-off sur ce type!

Les Sept Homonculus (FullMetal Alchemist)
Vous allez me dire que je triche, mais puisqu'il s'agit d'un groupe d'ennemis, ça passe. Et puis de toute façon, je fais ce que je veux. Bref, malgré les différences, j'aime beaucoup les "deux" versions des Homonculus - les connaisseurs voient sans doute de quoi je veux parler. La version de 2003 leur apporte même une touche tragique supplémentaire, en en faisant les "survivants" de transmutations humaines ratées. Lien émotionnel, toussa, toussa. Toutefois, si j'aime beaucoup les sept en tant que groupe - c'est dans leurs interactions qu'ils sont le plus intéressants - j'avoue avoir une nette préférence pour le "trio originel", composé de Lust, Envy et Glutonny. Ces trois-là fonctionnent très bien ensemble - il y a comme une alchimie entre eux, si vous me permettez l'expression - nous livrant une bonne petite équipe d'antagonistes à l'ancienne* comme j'aimerais en voir plus souvent.

 Saroumane (Le Seigneur des Anneaux)
Je vous entends râler d'ici. Encore un personnage de Tolkien? Ben oui, mais que voulez-vous, je n'y peux rien si ses méchants sont si bons! Et puis en plus, avec Christopher "vampire" Lee dans son rôle dans l'adaptation filmique de PJ, comment vouliez-vous que je résiste? Surtout que le personnage est encore plus puissant et intéressant qu'il ne le paraît au premier abord... Saroumane forever, quoi! Je n'ai même pas besoin d'en rajouter, tellement ça devrait couler de source...

Saga (Saint Seiya/Les Chevaliers du Zodiaque)
Si je ne devais en choisir qu'un, il serait très certainement en tête de liste. Parce que Saga trouve moyen d'être l'un des plus puissants Chevaliers qui existent, un être doté d'un honneur sans limite en même temps qu'un ambitieux qui n'hésitera pas à tromper son monde treize ans durant pour atteindre son but, un Homme bon mais ambigü, sans cesse tiraillé entre le Bien et le Mal - et encore, même là, c'est un Mal ambigü, puisqu'il veut contrôler la Terre pour la protéger... Bref, Saga, c'est un personnage charismatique, intelligent, puissant, à la fois bon et machiavélique, plus ambigü et intéressant qu'il n'y paraît. En fait, quand on y réfléchit, le chapitre du Sanctuaire tourne presque plus autour de lui qu'autour des héros. Je pense sérieusement qu'on devrait renommer la licence Saint Saga. Moi je dis, encore une fois, Saga forever! Oui, comme Sarou', vous avez tout compris!
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Bon, ben voilà, c'est tout pour aujourd'hui!
Et vous, quels sont vos méchants préférés?


(*) Curieusement, en écrivant ces lignes, j'ai pensé à  la Team Rocket. 
Il va de soi que les trois Homonculus cités sont bien plus compétents et charismatiques.